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Page:Verlaine - Œuvres posthumes, Messein, I.djvu/319

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souvenirs

rentré chez moi, dans un appartement d’autrefois, très oublié. Ma famille, instruite, me blâme, et je cherche avec elle des moyens d’échapper. Ah ! le bon moment quand je revois la toile d’araignée vue la veille dans le coin gauche de mon alcôve !

Sedan (prononcez S’dang), Bouillon, Paliseul (prononcez Paiizeû), Jéhonville (prononcez Djonvi), lieux d’enfance. Que changés ! Dans le bois, à droite, en venant, le grand bois murmurant jadis sous des vents parfumés de bruyère, de myrtilliers et de genêts, et pleins du cri lointain des loups et de leurs yeux comme tout proches, il y a des becs de gaz, et dans les clairières, très nombreuses aujourd’hui, des industries mal odorantes. Ô les vilains ouvriers flamands et italiens ! Je reconnais le chêne, le Père qui s’élève à l’entrée du bois ?… du bois… Salmon (c’est bien ça), de quelques mètres éloigné des premières futaies. Horreur ! un Robinson s’y est installé, à l’usage de couples à demi-paysans : bières et sirops, macarons et veau froid, chef crasseux et bonnes sales. Du trottoir et du bitume et du béton. La campagne autour, quelquefois Sauvage, s’est faite plate à force de jardins potagers. Les beaux étangs noirs qui clapotaient gais et sinistres en plein vent dans l’âpre prairie, il y a des cygnes et des bêtes cyprins