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Page:Verlaine - Œuvres posthumes, Messein, I.djvu/252

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souvenirs

très pures des chantres, en laissant aux paroles latines tout leur nombre et leur si nette mélodie. Puis la quasi-solitude des offices de semaine distribue à la prière privée tout l’espace nécessaire, on dirait ; ces voûtes immenses semblent un ciel, juste assez lointain pour encourager les pieuses pensées à vouloir y planer ; ces énormes colonnes corinthiennes invitent les intentions particulières à s’y enrouler pour l’ascension parmi les riches chapitaux vers ces sereines régions de l’adoration enfin sûre de son vol…

Un jour, — tout le monde a de ces distractions, un pauvre pécheur plus qu’un autre, — je laissais errer mes yeux à droite et à gauche du transept vers le milieu duquel j’étais, debout contre une chaise inclinée, face au maître-autel, — exactement celui de Saint-Sulpice, marbre rose et sujet en bronze doré (l’Enfant Jésus au temple), — une tiédeur m’avait pris, que je ne pouvais surmonter ; mon attention vaincue tournait à rien, et j’avais résolu de me retirer ce jour-là, plutôt que d’assister indignement au divin sacrifice. A cet instant un homme entra, bien mis, cheveux et barbe trop soignés, du ventre à vingt-cinq ou vingt-six ans, — sans prendre d’eau bénite : évidemment un commis-voyageur entre deux affaires, sur la route d’un rendez-vous en ville avec dix minutes d’avance. J’observai cet intrus