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Page:Verlaine - Œuvres posthumes, Messein, I.djvu/232

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souvenirs

Or, quelques heures après, voylà Itier venant du plus loing, qui arrive en l’église de Notre-Dame, et, y ayant fait sa prière à Dieu, s’en va au palais épiscopal et entre en la chapelle où l’evesque célébrait la Messe. Achevé qu’il eut, Itier le salue revèrement, et ayant humblement requis audience luy dict : « Père sainct, il m’est apparu une vision par deux fois d’une femme d’excellente beauté qui se disoit la sacrée Vierge Marie, laquelle m’a donné charge de vous venir exposer ses commandements. Elle veut que samedy prochain en la nuict, vous visitiez les malades gisans dedans et hors vostre église, et que dès lors elle vous délivrera un cierge allumé, duquel ferez distiller de la cire, en faisant le signe de la croix dedans quelque vaisseau plein d’eau, et en donnerez à boire à tous ces malades. Quiconque d’iceux y apportera une vraye foye, il s’en guérira, et qui ne le voudra croire, il mourra soudain ».

« Itier ayant achevé ce discours l’evesque lui demanda comment il se nommoit, et de quel pays, estât et condition il estoit, il respondit qu’il avait nom Itier, natif du pays de Brabant, gaignant sa vie à chanter et jouer des instrumens. Alors l’evesque lui dit qu’un autre de mesme condition nommé Norman lui avait tenu les mesmes propos, quelque peu auparavant, lui