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Page:Verlaine - Œuvres posthumes, Messein, I.djvu/231

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souvenirs

d’importance. Ce faict il lui dit : « Monsieur, lundy dernier, en la nuict, m’est apparue une vision de la benoiste Vierge Marie, laquelle m’a commandé venir vers vous, pour vous déclarer que samedy en la nuict, vous avez à visiter les malades qui seront dedans et dehors l’église et qu’après le premier chant du coq, pour un singulier bénéfice, elle vous mettra ès-mains un cierge ardant, duquel en faisant le signe de la croix ferez découler quelques gouttes de cire en des vaisseaux remplis d’eau, et en donnerez à boire aux malades, mesme en arrouserez leurs charbons et ulcères, Ceux qui ne se voudront servir de ce remède, ou ne le recevront avec une ferme confiance, ils en mourront. Voyla (dit-il), la charge et commission qui m’a esté donnée ; si votre Paternité la néglige et ne la met à exécution, ce ne sera ma faute. »

« L’evesque fort estonné de ce discours luy demanda son nom et de quel stil et pays il estoit : mais quand il répondit qu’il estoyt joueur d’instruments de son stil : « Ha, mon ami (dict l’évesque) ne te joue-tu pas de moy ! » Et lors le quitta et se retira en son palais épiseopal, ne faisant estat de ce que luy avoit discouru Norman, lequel tout vergongneux se tint encore en l’église, considérant avec grande pitié et compassion tant de malades et misérables et affligez.