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Page:Verlaine - Œuvres posthumes, Messein, I.djvu/225

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souvenirs

une gaîté douce et bon enfant que le caractère flegmatique et le parler gras (là-bas, on prononcerait « gueràs ») des citadins maintiennent dans un demi-bruit très plaisant. Aux seuls jours de marché, trois fois par semaine, cette sourdine se hausse un peu vers le matin et sur le soir.

Des diverses portes de la ville — ville forte à la Vauban, fossés immenses aux aspects les plus variés : ici, de magnifiques peupliers bordant le noir ruisseau Crinchon qui court dans un abîme de verdure, là-bas le dit ruisseau, à sa source, bondissant à petit bruit d’eaux vives sur de frais cailloux et aussi, avouons-le, parmi des débris plus civilisés ; à cette autre porte, la rivière de Scarpe remplissant tout Le fossé qui est énorme entre le sombre mur aux fausses portes XVIIIe siècle des plus jolies et un haut rempart où aboutit la route, pour aller à un quart de lieue plus loin côtoyer le cours de la sinueuse rivière sous des saules et des peupliers, à travers une campagne de fortes céréales et d’étangs poissonneux — des portes, disais-je, ouvrant immédiatement sur de belles rues tortueuses avec assez de largeur et boutiquières juste comme il faut, entrent, ces jours-là, charrettes potagères, bestiaux sans nombre et lourds transports de grains. N’oublions point