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D’APRES GREUSE

gravé par henri legrand


Au mur du lit où le clouait depuis six mois et plus le plus abrutissant des moins dangereux rhumatismes chroniques, sa puérile fantaisie de malade avait collé à l’aide de pains à cacheter des images soit découpées dans les journaux illustrés, soit arrachées de livres, soit détachées de sa correspondance avec des amis dessinateurs ou simplement gribouilleurs tels que lui-même. C’étaient des têtes d’inconnus, ou des reproductions vulgaires de gravures rares, ou des pochades bêbêtes. Seul un dessin japonais très fané et le buste d’un Mercure antique représentaient la Beauté dans ce fouillis formé pour remplacer les fleurs trop connues de grands rideaux rouges et vert foncé. Il avait en commençant plaqué ses machinettes au niveau de son corps, à ras de drap pour ainsi parler, puis à mesure que ses douleurs le laissaient plus libre en se localisant par degrés il s’était peu à peu dressé et étendu pour agrandir son lilliputien musée en