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Page:Verlaine - Œuvres complètes, Vanier, III.djvu/52

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élégies

Au moyen si persuasif, encor qu’austère,
D’une façon de divorce sans adultère
Et que console un sûr désir d’un prompt retour ?
Si nous tâchions d’éviter bien ces chocs, et pour
Cela, si nous tentions d’être un peu moins en ligne
De bataille, et d’accord tacite sur l’insigne
Question, qu’on réserve en tout tact bien discret,
D’essayer de la franche amitié qu’on plierait,
Parfois, quand il faudrait, au caprice de l’heure,
Ou souvent… et, tapis dans l’heur et la demeure
Qu’un loisir diligent nous aura préparés,
Parfilons-y gaiement des jours considérés
Par les yeux aussi bien bêtes du voisinage,
Mais dont l’assentiment garantit et ménage
La tranquillité due en somme aux gens de bien.
Qu’en dis-tu ? N’est-ce pas ? nous, ce double vaurien,
Ce vagabond des deux sexes, cette bohème
Que nous sommes et cette espèce de poème
Que nous vivons, non sans peut-être du talent,
Nous, transformés en un couple chaste au vœu lent
(Chaste et lent relativement, le vœu, le couple),
Hein, ça t’agrée ? Et le sens-tu vaillante et souple
Assez pour conspirer avec moi ce bonheur,
Assez pour conquérir avec moi cet honneur !
Hum ! Tu ne réponds pas, sinon d’une grimace
Dédaigneuse plutôt, et que faut-il qu’on fasse ?
Baste ! qu’il en retourne ainsi qu’il te plaira.
Je t’obéis en tout, advienne que pourra.