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Page:Verlaine - Œuvres complètes, Vanier, III.djvu/51

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élégies

Sauf en un cas de trahison mienne perçu
(Et ne prends la revanche un peu qu’à mon insu),
Car, somme toute, à tout péché miséricorde.
Bref des concessions réciproques : j’accorde
De vivre ton féal corvéable et chétif ;
Accorde de régner sans zèle intempestif.


Tiens, quand tu n’es pas là, pour telle ou telle cause,
Absence bien forcée et qui me fait morose
À pleurer, au début, ainsi qu’un orphelin
Voulant sa mère, et quel cœur gros, et quel œil plein !
Par degrés, cependant presque insensibles,
J’arrive à m’engourdir en chagrins plus paisibles,
Plus plausibles aussi puisqu’y faire ne puis,
Et peu à peu l’agitation de mes nuits,
D’abord toute à ton corps qu’un rêve réalise,
Se transfigure enfin, se comme subtilise.
De comme virilise en ardente amitié.
Mais en pure amitié, tendre encore à moitié
Tout au plus, et l’amant devient le camarade,
Nuance exquise quand la couleur se dégrade
Du rouge de fournaise au blanc rose du jour.
Eh bien ! sans abdiquer pour cela notre amour,
— Les dieux nous gardent d’une telle ingratitude !
Si nous nous imposions résolument l’étude
D’appliquer la leçon dont je te parlais là,
La leçon que l’alme nature me souffla