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Page:Verlaine - Œuvres complètes, Vanier, II.djvu/23

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amour


Du moins je ferai savoir à qui voudra l’entendre
Comment il advint qu’une âme des plus égarées,
Grâce à ces regards cléments de votre gloire tendre,
Revint au bercail des Innocences ignorées.

Innocence, ô belle après l’Ignorance inouïe,
Eau claire du cœur après le feu vierge de l’âme,
Paupière de grâce sur la prunelle éblouie,
Désaltèrement du cerf rompu d’amour qui brame !

Ce fut un amant dans toute la force du terme :
Il avait connu toute la chair, infâme ou vierge,
Et la profondeur monstrueuse d’un épiderme,
Et le sang d’un cœur, cire vermeille pour son cierge !

Ce fut un athée, et qui poussait loin sa logique
Tout en méprisant les fadaises qu’elle autorise,
Et comme un forçat qui remâche une vieille chique
Il aimait le jus flasque de la mécréantise.

Ce fut un brutal, ce fut un ivrogne des rues,
Ce fut un mari comme on en rencontre aux barrières ;
Bon que les amours premières fussent disparues,
Mais cela n’excuse en rien l’excès de ses manières.

Ce fut, et quel préjudice ! un Parisien fade,
Vous savez, de ces provinciaux cent fois plus pires
Qui prennent au sérieux la plus sotte cascade,
Sans s’apercevoir, ô leur âme, que tu respires ;