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Page:Verlaine - Œuvres complètes, Vanier, II.djvu/216

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bonheur


Mais quoi donc, le poète, à moins d’être chrétien
(Le chrétien se fait tel que Jésus dit qu’il soit),
Comment en ces temps-ci et très fier peut-il bien
Aimer la France ainsi qu’il doit comme il la voit,
 
Dépravée, insensée, une fille, une folle
Déchirant de ses mains la pudeur des aïeules
Et l’honneur ataval et, l’antique parole,
La parlant en argot pour des sottises seules,

L’amour, l’évaporant en homicides vils
D’où quelque pâle enfant, rare fantôme, sort,
Son Dieu, le reniant pour quels crimes civils !
Prête à mourir d’ailleurs de quelle lâche mort !

Lui-même que Dieu voit être un pur patriote
L’affamant aujourd’hui, le prescrivant naguère,
Pour n’avoir pas voulu boire comme un îlote
Le gros vin du scandale au verre du vulgaire,
 
Le dénonçant aux sots pires que les méchants,
Bourreaux mesquins, non moins d’ailleurs que tels méchants
Pire que tous, à cause, ô honte ! que ses chants
Faisaient honte à plusieurs à cause de leurs chants,

Enfin, méconnaissant et l’heure et le génie
Jusqu’à ce péché noir entre tous ceux de l’homme
Jusqu’à ce plongeon dans toute l’ignominie
D’insulter l’ange comme en l’unique Sodome !