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Page:Verlaine - Œuvres complètes, Vanier, II.djvu/214

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bonheur

Et quand il a trouvé cette âme et cette chair,
Il naît d’autres enfants encore, fleurs de fleurs
Qui germeront aussi le jardin jeune et cher
Des générations d’ici, non pas d’ailleurs.

L’homme et la femme ayant l’un et l’autre leur tâche,
S’en vont chacun un peu de son côté. La femme
Gardienne du foyer tout le jour sans relâche,
La nuit garde l’honneur comme une chaste flamme ;

L’homme vaque aux durs soins du dehors : les travaux,
La parole à porter, — sûr de ce qu’elle vaut, —
Sévère et probe et douce, et rude aux discours faux,
Et la nuit le ramène entre les bras qu’il faut.

Tous deux, si pacifique est leur course terrestre.
Mourront bénis de fils et vieux dans la patrie ;
Mais que le noir démon, la Guerre, essore l’œstre,
Que l’air natal s’empourpre aux reflets de tuerie,

Que l’étranger mette son pied sur le vieux sol
Nourricier, — imitant les peuples de tous bords,
Saragosse, Moscou, le Russe, l’Espagnol,
La France de Quatre-vingt-treize, l’homme alors,
 
Magnifié soudain, à son œuvre se hausse
Et tragique et classique et très fort et très calme.
Lutte pour sa maison ou combat pour sa fosse,
Meurt en pensant aux siens ou leur conquiert la palme.