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Page:Verlaine - Œuvres complètes, Vanier, II.djvu/113

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amour


Ta lèvre et son ombre de moustache
Fut rouge moins qu’en cette peinture
Où tu n’as pas du tout de moustache,
Mais c’est ta souriance si pure.

Ton port de cou n’était pas si dur,
Mais flexible, et d’un aigle et d’un cygne ;
Car ta fierté parfois primait sur
Ta douceur dive et ta grâce insigne.
 
Mais tes yeux, ah ! tes yeux, c’est bien eux.
Leur regard triste et gai, c’est bien lui.
Leur éclat apaisé c’est bien lui,
Ces sourcils orageux, que c’est eux !

Ah ! portrait qu’en tous les lieux j’emporte
Où m’emporte une fausse espérance,
Ah ! pastel spectre, te voir m’emporte
Où ? parmi tout, jouissance et transe !
 
Ô l’élu de Dieu, priez pour moi,
Toi qui sur terre étais mon bon ange ;
Car votre image, plein d’alme émoi.
Je la vénère d’un culte étrange.