Page:Verhaeren - Les Tendresses premières, 1904.djvu/80

Cette page a été validée par deux contributeurs.


Vers un amas de fleurs et de joyaux
Et de jets violents qu’emperlait la lumière.
On était frais et fort de sa santé première ;
On ignorait sa chair,
Et les baisers du vent et les souffles de l’air
Et la caresse unanime des choses
Ne provoquaient qu’un grand rire étonné
Sur les lèvres décloses.


Tels nos jeux s’exaltaient, libres et spontanés.
On ne songeait à rien, sinon au flux de joie
Qui saisissait nos corps, comme des proies,
Et les marquait, superbement,
Pour la vie ample et violente.
Au fond du soir, rouge comme un tourment,
Une à une tombaient les heures nonchalantes
Et l’on séchait son corps doré
Aux flancs feutrés
Des digues et des prés,
Jusques aux heures coutumières
Où le soleil étend,
Sous les noyers au feuillage chantant,
Ses tabliers de longue et dormante lumière.