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Page:Verhaeren - Les Aubes, 1898, éd2.djvu/79

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HAINEAU


Ce sont les têtes qu’il faut couper pour abattre la bête. Jadis,
dans Oppidomagne, quand on s’exaltait entre compagnons, qui donc songeait aux demi-mesures ? On admirait ceux qui supprimaient et les biens et les gens. Banques et théâtres sautaient — et sans peur, impassibles, les admirables assassins des idées vieilles mouraient, fous pour les juges, héros pour le peuple. C’étaient les temps des sacrifices naïfs, des décisions tragiques, des exécutions rapides. Le mépris de la vie se dressait sur l’univers. Aujourd’hui, tout est flasque et veule : l’énergie semble un arc débandé. On tergiverse, on attend, on calcule, on raisonne — et vous avez peur de cette Oppidomagne vaincue alors que victorieuse, tous l’affrontaient.


LA FOULE


— Nous l’aimons depuis qu’on l’assiège.
— Nos femmes et nos enfants y sont encore.
— Notre grève n’aboutira pas.
— Rentrons dans Oppidomagne.