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Page:Verhaeren - Les Aubes, 1898, éd2.djvu/44

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vous accouriez pour voler et trafiquer, avec un esprit si tenace, une âme si étroite, si âpre et si violente, que vous vous distinguiez à peine des bandits. Vous avez posté votre malice et votre ladrerie derrière tous les comptoirs. Vous avez encombré peu à peu tous les bureaux de la terre. Si le siècle grince d’un énorme bruit de plumes tatillonnes et serviles, c’est que vos millions de mains étaient prêtes à copier jusqu’à la mort.


QUELQU’UN DES VILLAGES


Vous aviez besoin de nous. Vous remplissiez nos plaines, de vos
appels ?


QUELQU’UN DES VILLES


Vous êtes la pâte que la médiocrité pétrit, les régiments que
la nullité numérote. Vous êtes la cause de l’usure lente, de l’inertie et de la pesanteur. Sans vous, la ville serait encore nerveuse, légère, vaillante ; sans vous, la surprise, la vivacité, l’audace auraient pu réapparaître. Sans vous, le sommeil n’aurait point paralysé la vie, ni la mort ensanglanté l’espace.