Ouvrir le menu principal

Page:Verhaeren - Les Aubes, 1898, éd2.djvu/142

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


M’est aujourd’hui repos, gloire, clarté !
Comme je me sens grand, sur ce monde dompté
Et ressurgi par mes seules forces humaines.
Dire qu’il a fallu qu’un métayer des plaines
Naquit, pour procréer un enfant — moi —
Qui largement, avec ses mains, avec ses doigts,
Avec ses dents, saisit à la gorge les lois,
Et terrassa le vieil orgueil des pouvoirs rouges.
Les campagnes, et ferme à ferme, et bouge à bouge,
Mouraient. Dans les villes où j’entrai,
L’universel effort
Avait dégénéré
En carnage moral ; — le vol, le rut et l’or
Hurlaient et s’étouffaient, en des mêlées
Monstrueuses de violences accumulées :
Tous les instincts s’entretuaient, dans les champs clos
De la banque, de la bourse ou des tripots.
L’autorité formidable et complice
Puisait, pour se nourrir et pour fleurir,
Toute sa sève, en ces fumiers de vices,
Et se tuméfiait d’excès et de bien-être…