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Page:Verhaeren - Les Aubes, 1898, éd2.djvu/117

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HÉRÉNIEN


Les hommes de la Régence n’ont cessé de me tenter. Avec eux,
j’ai patiemment discuté, les interrogeant, les illusionnant, exigeant des garanties et des confidences ; leur donnant et leur enlevant tour à tour l’espoir, soustrayant leurs secrets ; opposant, à leur tactique sénile, ma brusquerie et ma colère. Je me suis joué d’eux audacieusement, follement — et je sais à présent, mieux que personne, mieux qu’eux-mêmes surtout, combien leur ruine est inévitable et proche. Leur trésor ? Vidé. Leurs munitions ? Épuisées. Leurs greniers ? Pillés. Plus de pain pour le siège ; plus d’argent pour la défense. On se demande en quelles folies, en quels gaspillages, en quelles orgies, fortunes et vivres publics ont disparu. Chacun accuse tout le monde.
L’armée ? — Avant-hier cinq bataillons refusèrent de marcher. On décide d’exécuter les meneurs. On les conduit au supplice : aucun soldat ne veut les abattre ; ils vivent encore.

Acclamations dans la rue : « Vive Hérénien ! »


Au conseil, les consuls se chamaillent. L’un propose-t-il un plan : son voisin le combat, détaille le sien, et veut