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Et tout à coup, voici les tours,
Les grandes tours qui s’éclairent de bourgs en bourgs
Et qui tendent jusqu’à la mer la tragédie
Haletante de l’incendie.

La plaine et la forêt s’illuminent au loin.
Mares, fleuves, étangs et lacs sont les témoins
De la terreur qui dans les eaux se réverbère ;
Les étoiles là-haut regardent sur la terre
De rougeoyants brasiers écheveler la nuit.
Tout est silence ou tout est bruit,
Tout est surprise et peur ; tout se plaint et frissonne ;
Et dans les clochers noirs les derniers tocsins sonnent.

Et les foules s’en vont toujours
Et las de leur cœur triste et las de leurs pas lourds,
N’ayant plus sous le front que la seule pensée
D’avancer tout au long des routes défoncées
Par le passage brusque et volant des canons.
Une ville parfois et ses larges maisons