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IV


Et transportant au rythme ardent de leurs machines,
Par delà les forêts, les champs et les collines,
Des lieux où l’on travaille aux lieux où l’on se bat,
Les schrapnells par milliers et les obus par tas,

Les trains, durant la nuit, indiscontinûment,
Avec leur formidable et secret chargement
Serré en des fourgons ou caché sous des toiles,
Les trains après les trains roulent sous les étoiles.

Jusque dans les hameaux des lointaines provinces,
Le sol comme exalté en trépide et en grince,
Le fleuve répandu, le canal encaissé
Au frisson de ses flots sent la guerre passer.

Les trains roulant toujours sous les astres, la nuit,
Emportent, dirait-on, des morceaux du pays :
Plombs, fer, étains, salpêtre, aciers, boulets, mitraille
Et les soldats qui seront grands dans la bataille.