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Page:Verhaeren - James Ensor, 1908.djvu/17

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I.

LE MILIEU

Souvent, des vagues venant du côté de l’Angleterre s’engouffrent nombreuses et larges dans le port d’Ostende. Et les idées et les coutumes suivent ce mouvement marin.

La ville est mi-anglaise : enseignes de magasins et de bars, proues hautaines des chalutiers, casquettes d’agents et d’employés y font briller au soleil, en lettres d’or, des syllabes britaniques ; la langue y fourmille de mots anglo-saxons ; les gens des quais y comprennent le patois de Douvres et de Folkstone ; des familles londoniennes s’y sont établies jadis, y ont fait souche et marié leurs filles et leurs fils non pas entre eux mais aux fils ou aux filles de la West-Flandre. Le service quotidien des malles voyageuses resserre tous ces liens divers, comme autant de cordes tordues en un seul câble, si bien qu’on peut comparer la grande île à quelqu’énorme vaisseau maintenu en pleine mer, grâce à des ancres solides dont l’une serait fixée dans le sol même de notre côte.

Cette influence d’outre-mer qui imprègne le milieu où il naquit suffirait certes à expliquer l’art spécial de