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LE COL D’ANTERNE.



La vallée de Servoz est la première qui se présente au sortir de celle de Chamonix. Si les neiges ont disparu des cimes voisines, si les prés ont repris leur verdure, si le soleil du soir dore les rochers qui l’enserrent, cette vallée est riante, bien que sauvage. Quelques cabanes y sont éparses, et, parmi elles, une petite auberge où j’arrivai le 12 juin au soir.

On peut sortir de cette vallée de bien des façons. Quelques-uns en sortent par la grande route, c’est le plus simple ; mais, dans ce temps-là, jeune, et de plus touriste, je dédaignais cette plate façon de sortir des vallées. Un touriste veut des cimes, veut des cols, veut des aventures, des dangers, des miracles : pourquoi ? c’est sa nature. Ainsi qu’un âne n’imagine pas qu’on aille du moulin au four autrement que par le plus court, le plus plat, le meilleur chemin : ainsi un touriste n’imagine pas davantage qu’on aille de Servoz à Genève autrement que par le plus long, le plus ardu, le plus détestable chemin. Les commis voyageurs, les marchands de fromage, les financiers, les vieilles gens font comme l’âne ; les gens de lettres, les artistes, les Anglais et moi, nous faisons comme le touriste.