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Page:Tolstoï - Résurrection, trad. Wyzewa, 1900.djvu/98

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— Le tribunal estime cette lecture inutile, — déclara-t-il.

Aussitôt le greffier se tut et se mit à réunir les feuillets du procès-verbal, tandis que le substitut du procureur griffonnait une note, d’un air irrité.

— Messieurs les jurés peuvent, dès maintenant, prendre connaissance des pièces à conviction, — dit le président. Bon nombre de jurés se levèrent ; et, manifestement préoccupés de la façon dont ils devaient tenir leurs mains durant l’inspection, ils s’approchèrent de la table, où, l’un après l’autre, ils considérèrent la bague, les bocaux et le filtre. Le marchand se risqua à passer la bague à un de ses doigts.

— Eh bien ! — dit-il à Nekhludov en regagnant sa place, — eh bien ! voilà un doigt ! Gros comme un gros concombre ! — ajouta-t-il.


III


Quand les jurés eurent examiné les pièces à conviction, le président déclara l’enquête judiciaire terminée ; et, sans interruption, pressé comme il était d’expédier l’affaire, il donna la parole au substitut du procureur. Il se disait que le substitut, lui aussi, était homme, que, sans doute, lui aussi avait hâte de fumer, de manger, et qu’il aurait pitié de l’assistance. Mais le substitut du procureur n’eut pitié ni de lui-même ni des autres. Ce magistrat, naturellement sot, avait, en outre, le malheur d’être sorti du gymnase avec une médaille d’or, et plus tard, à l’Université, d’avoir remporté un prix pour sa thèse sur les Servitudes dans le droit romain ; de telle sorte qu’il était, au plus haut degré, vaniteux, satisfait de soi, — ce à quoi avaient encore contribué ses succès auprès des femmes ; — et la conséquence de tout cela était que sa sottise naturelle avait pris des proportions extraordinaires.

Lorsque le président lui eut donné la parole, il se leva