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Page:Tolstoï - Résurrection, trad. Wyzewa, 1900.djvu/85

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s’était-il approché qu’elle leva les yeux vers la fenêtre. Il frappa. Et aussitôt, sans même regarder qui frappait, elle sortit de l’office ; et il entendit la porte grincer en s’ouvrant, puis se refermer. Il courut l’attendre devant le perron, et tout de suite, sans lui dire un mot, il l’enlaça de ses bras. Elle se serra contre lui, leva la tête, et offrit ses lèvres à son baiser. Et ils se tinrent debout, devant le coin de la maison, dans un endroit qui se trouvait sec ; et toujours Nekhludov sentait grandir en lui l’irrésistible désir de la posséder. Mais soudain ils entendirent une fois de plus grincer la porte ; et la voix irritée de Matréna Pavlovna cria, dans la nuit : « Katucha ! » Elle s’arracha de ses bras et courut à l’office. Il entendit se fermer le verrou. Puis tout redevint silencieux ; la lueur rouge de la lampe s’éteignit. Plus rien que le brouillard et le bruit de la rivière.

Nekhludov s’approcha de la fenêtre : il ne put rien voir. Il frappa : personne ne répondit. Il rentra dans la maison par le grand perron, revint dans sa chambre : mais il ne se coucha point. Une demi-heure après, il ôta ses bottes et s’avança, dans le corridor, jusqu’à la chambre ou couchait Katucha. En passant devant la chambre de Matréna Pavlovna, il entendit que la vieille gouvernante ronflait tranquillement. Déjà il s’apprêtait à poursuivre son chemin, lorsque soudain Matréna Pavlovna se mit à tousser et se retourna sur son lit. Il fit le mort, et cinq minutes s’écoulèrent ainsi. Lorsque de nouveau tout se tut et qu’il entendit de nouveau le ronflement de la vieille, Nekhludov poursuivit son chemin, s’efforçant d’éviter de faire craquer le plancher. Il se trouva enfin devant la porte de Katucha. Aucun bruit de souffle, à l’intérieur : évidemment elle ne dormait pas. Mais à peine eut-il murmuré : « Katucha ! » qu’elle s’élança vers la porte, et, d’un ton fâché, à ce qui lui sembla, elle lui dit de s’en aller.

— À quoi pensez-vous ? est-ce possible ? Vos tantes vont se réveiller ! — disaient ses lèvres. Mais toute sa personne disait : « Je suis à toi tout entière ! » et c’est cela seulement qu’entendit Nekhludov.