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Page:Tolstoï - Résurrection, trad. Wyzewa, 1900.djvu/83

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VI


Ainsi se passa toute la soirée, et la nuit arriva. Le médecin alla se coucher, les tantes rentrèrent dans leurs chambres. Nekhludov savait que Matréna Pavlovna, à ce moment, était auprès de ses tantes qu’elle aidait à se déshabiller. Katucha devait être seule, à l’office.

De nouveau, Nekhludov sortit sur le perron. La nuit était sombre, humide, chaude, et tout l’air était rempli de ce brouillard blanc que produit, au printemps, la fonte des neiges. De la rivière, à cent pas de la maison, on entendait venir un bruit étrange : c’était la glace qui craquait.

Nekhludov descendit du perron, et, barbotant dans des mares de neige fondue, il s’avança jusqu’à la fenêtre de l’office. Son cœur battait si fort dans sa poitrine qu’il en entendait les battements ; sa respiration tantôt s’arrêtait, tantôt s’exhalait en un souffle lourd.

L’office était éclairé de la lueur tremblante d’une petite lampe. Katucha y était seule. Elle était assise près de la table, les yeux fixés dans le vide, devant elle, d’un air pensif. Et longtemps Nekhludov resta à la considérer, curieux de savoir ce qu’elle ferait ensuite. Elle se tint dans la même pose pendant quelques minutes, puis leva les yeux, sourit, fit un signe de tête comme si elle se parlait à elle-même ; après quoi, d’un geste saccadé, elle mit ses deux mains sur la table ; et de nouveau elle commença à regarder devant elle.

Il restait là à la considérer, écoutant malgré lui et les battements de son cœur et le bruit étrange qui venait de la rivière. Là-bas, en effet, sur la rivière, le même travail se poursuivait sans interruption, dans le brouillard : tantôt quelque chose ronflait, tantôt craquait, tantôt s’éboulait, tantôt résonnait comme un verre qui se brise.

Nekhludov restait devant la fenêtre, épiant sur le