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Page:Tolstoï - Résurrection, trad. Wyzewa, 1900.djvu/8

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— Bien sûr que c’est tout un, et non pas tout deux ! — fit le vieux gardien, fier de son trait d’esprit. — Allons, suis-moi, et en route !

La tête de la vieille femme disparut du judas, et la Maslova s’avança dans le corridor, marchant de son pas léger, derrière le vieux gardien. Ils descendirent l’escalier de pierre, ils longèrent les salles fétides et bruyantes de la division des hommes, où des yeux curieux épiaient leur passage à travers les lucarnes des portes, et ils arrivèrent enfin dans le bureau de la prison. Deux soldats s’y trouvaient déjà, le fusil au bras, attendant la détenue pour la conduire au Palais de Justice. Le greffier inscrivit quelque chose, et remit à l’un des soldats une feuille de papier tout imprégnée d’odeur de tabac. Le soldat glissa la feuille dans le revers de la manche de sa capote, puis, après avoir malicieusement cligné de l’œil à son compagnon en lui désignant la Maslova, il se plaça à la droite de celle-ci, tandis que l’autre soldat se plaçait à sa gauche. C’est dans cet ordre qu’ils sortirent du bureau, traversèrent la cour extérieure de la prison, franchirent la grille, et se trouvèrent bientôt sur le pavé des rues de la ville.

Les cochers, les boutiquiers, les cuisinières, les manœuvres, les employés s’arrêtaient au passage du cortège et considéraient la prisonnière avec curiosité. Plusieurs songeaient, en secouant la tête : « Voilà où mène une mauvaise conduite, au contraire de la nôtre qui nous profite si bien ! » Les enfants s’arrêtaient aussi, mais leur curiosité était mêlée de terreur ; et c’est à peine s’ils se rassuraient à la pensée que la criminelle avait maintenant des soldats pour la garder, ce qui la mettait hors d’état de nuire. Un paysan qui vendait du charbon dans la rue s’avança, fit le signe de la croix, et voulut donner un kopeck à la femme : les soldats l’en empêchèrent, faute de savoir si la chose était autorisée.

La Maslova s’efforçait d’aller aussi vite que le lui permettait ses pieds, déshabitués de la marche, et alourdis encore par leurs gros souliers de prison. Sans