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Page:Tolstoï - Résurrection, trad. Wyzewa, 1900.djvu/78

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dov alla au-devant d’elles. Il n’avait pas l’intention de leur souhaiter la Pâque, mais il ne pouvait s’empêcher d’approcher de Katucha.

— Christ est ressuscité ! — dit Matrena Pavlovna avec un signe de tête, et un sourire, et une voix qui donnaient à entendre que, ce jour-là, tous étaient égaux ; après quoi, s’étant essuyé la bouche avec son mouchoir, elle la tendit au jeune homme.

— En vérité, il est ressuscité ! — répondit Nekhludov, et il l’embrassa.

Il jeta un regard sur Katucha ; elle rougit de nouveau, et s’avança tout contre lui.

— Christ est ressuscité, Dimitri Ivanovitch !

— En vérité, il est ressuscité ! — dit-il. — Ils s’embrassèrent deux fois et s’arrêtèrent, comme pour se demander s’il fallait continuer ; puis aussitôt, comme s’ils avaient décidé qu’il le fallait, ils s’embrassèrent une troisième fois ; et tous deux sourirent.

— Vous n’allez pas chez le prêtre ? — demanda Nekhludov.

— Non, nous allons attendre ici, Dimitri Ivanovitch, — dit-elle, parlant avec effort.

Sa poitrine se soulevait fiévreusement ; et sans cesse elle le regardait dans les yeux, de ses yeux timides, innocents, et tendres.

Dans l’amour entre l’homme et la femme, il y a toujours une minute où cet amour atteint son plus haut degré, où il n’a plus rien de réfléchi ni rien de sensuel, ou il est l’entière union de deux êtres en un seul. C’est cette minute que Nekhludov avait connue, dans cette nuit de Pâques. Lorsque maintenant, assis dans la salle du jury, il essayait de se rappeler toutes les circonstances où il avait vu Katucha, c’est cette minute qui ressuscitait devant lui, effaçant tout le reste : la petite tête noire soigneusement peignée, avec son nœud rouge, la robe blanche au corsage plissé, la taille mince et la poitrine encore à peine formée, et cette rougeur, et ces yeux noirs brillants, et, dans toute la personne de Katucha, l’expression manifeste de la pureté, comme