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Page:Tolstoï - Résurrection, trad. Wyzewa, 1900.djvu/75

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vestes grises. Et entre elles et les femmes plus jeunes s’étaient rangés les enfants, en grande toilette.

Les hommes faisaient des signes de croix ; les femmes, surtout les vieilles, les yeux obstinément fixés sur l’icône entourée de cierges, appuyaient tour à tour, d’une pression vigoureuse, leurs doigts repliés sur leur front, leurs deux épaules, et leur ventre, tandis que leurs lèvres ne cessaient de murmurer des prières. Les enfants, imitant les grandes personnes, priaient avec zèle, surtout quand ils sentaient les regards de leurs parents arrêtés sur eux. L’iconostase d’or étincelait de lumière, ayant autour d’elle de grands cierges enveloppés d’or. Le candélabre, lui aussi, était tout garni de cierges. Et des deux chœurs s’élevaient les chants joyeux des chanteurs de bonne volonté ; le mugissement des basses s’alliait au soprano aigu des enfants.

Nekhludov s’avança dans l’église. Au milieu se tenait l’aristocratie. Il y avait là un propriétaire avec sa femme et son fils, ce dernier habillé en matelot ; il y avait le stanovoï, le télégraphiste, un marchand chaussé de bottes à hautes tiges, la staroste avec sa médaille, et, à droite de l’ambon, derrière la femme du propriétaire, se tenait Matrena Pavlovna, vêtue d’une robe de couleurs changeantes, les épaules recouvertes d’un châle rayé. Katucha était près d’elle. Elle était en robe blanche avec un corsage plissé. Une ceinture bleue entourait sa taille, et Nekhludov vit qu’elle avait mis un nœud rouge dans ses cheveux noirs.

Tout avait un air de fête ; tout était solennel, gai et beau : et le prêtre avec sa chasuble d’argent traversée d’une croix d’or, et le diacre et le sacristain avec leurs étoles brodées d’or et d’argent, et les chants joyeux des chantres amateurs, et la façon dont, à tout instant, le prêtre levait un cierge pour bénir l’assistance, et la façon dont tout le monde répétait, d’instant en instant : « Christ est ressuscité ! Christ est ressuscite ! » Tout cela était beau, mais plus belle que tout cela était Katucha, avec sa robe blanche et sa ceinture bleue, et son nœud rouge dans ses cheveux noirs.