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Page:Tolstoï - Résurrection, trad. Wyzewa, 1900.djvu/578

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questions et ces réponses, car la perspective de son entretien avec Katucha l’avait anéanti. Et quand, au milieu d’une phrase qu’il traduisait, quand il entendit un bruit de pas dans le corridor, et quand la porte s’ouvrit, et quand, ainsi que cela s’était passé bien d’autres fois depuis trois mois, — mais cette fois-ci, sans doute, serait la dernière, — quand il vit entrer un gardien conduisant derrière lui, vêtue de blanc, avec son fichu sur la tête, Katucha, quand il vit Katucha, ce fut comme si tout le sang de ses veines avait brusquement cessé de couler.

« Je veux vivre, je veux avoir une famille, des enfants, je veux prendre une part de bonheur ! » murmura à ce moment en lui une voix que depuis longtemps il n’avait plus entendue.


Il se leva, il fit quelques pas au-devant de Katucha. Celle-ci n’avait encore rien dit ; mais elle était toute rouge, animée, et le regardait avec une expression dont il fut froissé. C’était une expression qu’il ne lui avait encore jamais vue, un mélange de résolution froide et d’ardente passion. Elle rougissait et elle pâlissait ; ses doigts enroulaient et déroulaient le bord de sa veste ; et tantôt elle le regardait bien en face, tantôt elle baissait timidement les yeux.

— Tu sais la nouvelle ? — demanda Nekhludov.

— Oui, on me l’a apprise. Mais voilà, j’ai maintenant décidé… Je vais me marier avec Vladimir Ivanovitch…

Elle parlait très vite, sans s’arrêter. Évidemment elle avait préparé d’avance les phrases qu’elle disait.

— Comment ? avec Vladimir Ivanovitch ? — commença Nekhludov.

Mais elle l’interrompit :

— Eh ! bien, quoi ? Puisqu’il le veut, que je vive avec lui…

Elle s’arrêta, comme épouvantée. Puis, se reprenant :

— Puisqu’il veut bien que je vive près de lui ! Que puis-je souhaiter de mieux ? Peut-être lui ferai-je plaisir ? Peut-être arriverai-je à me rendre utile ?… Que puis-je…