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Page:Tolstoï - Résurrection, trad. Wyzewa, 1900.djvu/553

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CHAPITRE XXI


Nekhludov se tenait debout au bord du bac, les yeux fixés sur l’eau rapide du fleuve. Son imagination lui représentait, tour à tour, deux images : l’image de Kriltzov, agonisant sur la paille de la voiture avec son regard irrité, et l’image de Katucha, marchant d’un pas alerte le long de la route, en compagnie de Wladimir Simonson.

Et l’une de ces deux images, celle de Kriltzov ne se résignant pas à la mort, était effrayante et lamentable ; l’autre image, celle de Katucha ayant trouvé pour l’aimer un homme tel que Simonson, et marchant dans la voie du bien du même pas alerte dont elle marchait le long de la route, cette image-là n’avait en soi rien que de gai et de réconfortant. Et cependant les deux images étaient pour Nekhludov également cruelles, et il ne parvenait pas à les chasser de son esprit, et elles s’y mêlaient, pour produire une impression totale de lourde tristesse.

De la ville, le vent apporta le son argentin d’une cloche, annonçant quelque office. Le cocher de Nekhludov et tous les autres passagers se découvrirent et firent le signe de la croix. Seul un petit vieillard en haillons resta couvert et se tint immobile, les mains derrière le dos.

— Eh bien, et toi, le vieux, tu ne pries pas ? — demanda le cocher de Nekhludov après avoir remis sa casquette. — Tu n’es donc pas baptisé ?