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Page:Tolstoï - Résurrection, trad. Wyzewa, 1900.djvu/526

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CHAPITRE XVI


On avait fini de souper et de prendre le thé. Nekhludov s’apprêtait à aborder la Maslova, lorsqu’il entendit, dans la salle voisine, la voix du gardien-chef. Puis un grand silence se fit, dans la salle et dans le corridor. La porte s’ouvrit, et le gardien-chef entra avec deux gardiens pour procéder à l’appel du soir. Il compta, un à un, tous les condamnés politiques, lisant leurs noms sur une liste, tandis que l’un des gardiens les touchait du doigt.

L’appel achevé, le gardien-chef se tourna vers Nekhludov et lui dit, avec un mélange de respect et de familiarité :

— Maintenant, prince, vous devez vous en aller. On n’a pas le droit de rester ici après le couvre-feu.

Mais Nekhludov, qui savait ce que ces paroles signifiaient, s’approcha du vieillard et lui glissa dans la main un billet de trois roubles, qu’il tenait tout prêt.

— Allons, je ne peux pas vous forcer ! Restez encore un moment !

Le gardien-chef allait sortir, lorsque entra dans la salle un autre gardien, en compagnie d’un prisonnier, grand et maigre, avec une large tache bleue sur l’œil.

— Je viens chercher la petite ! — dit le prisonnier.

— Ah ! voilà papa ! — s’écria une légère voix d’enfant, et une petite tête blonde apparut derrière le groupe formé par la Rantzeva, Marie Pavlovna et Katucha, qui toutes trois travaillaient à coudre une robe neuve pour la fillette, avec l’étoffe d’un jupon de la Rantzeva.