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Page:Tolstoï - Résurrection, trad. Wyzewa, 1900.djvu/516

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fait l’horreur de leur situation pour se laisser aller librement à leurs rêves.

Et puis, ainsi que cela arrive toujours entre de jeunes hommes et de jeunes femmes, surtout quand ils se trouvent forcés de vivre en commun, toute sorte de liaisons sentimentales s’étaient établies entre eux, conscientes ou inconscientes, ouvertes ou cachées. Tous, ou du moins presque tous, ils étaient amoureux. Novodvorov était amoureux de la jolie et souriante Grabetz. C’était une jeune étudiante, d’humeur fort peu réfléchie, et parfaitement indifférente aux problèmes révolutionnaires. Mais elle avait cédé à l’influence de son temps, s’était compromise dans certain complot, et avait été condamnée à la déportation. Et de même que, à l’université, sa principale préoccupation avait été de se faire faire la cour par les étudiants, de même elle ne s’était point préoccupée d’autre chose depuis son emprisonnement. À présent elle était toute heureuse, parce que Novodvorov s’était épris d’elle, et qu’elle même était devenue amoureuse de lui.

Véra Efremovna Bogodouchovska, très sentimentale, et qui avait passé toute sa vie à aimer sans espoir, soupirait secrètement tantôt pour Nabatov, tantôt pour Novodvorov. Et c’était aussi quelque chose comme de l’amour qu’éprouvait Kriltzov à l’égard de Marie Pavlovna ; ou plutôt il l’aimait très réellement, à la façon dont les hommes aiment les femmes ; mais, connaissant ses opinions au sujet de l’amour, il s’ingéniait à cacher son sentiment sous des dehors d’amitié et de reconnaissance.

Nabatov, lui aussi, était amoureux. Une étrange liaison s’était formée entre lui et Émilie Bantzev : une liaison d’ailleurs tout innocente, car, de même que Marie Pavlovna était, de toute son âme, une véritable jeune fille, de même la Rantzeva était le type de la femme, de l’épouse parfaite.

À seize ans, encore en pension, elle s’était éprise de Rantzev, qui était alors étudiant à l’université de Pétersbourg. Trois ans après, elle s’était mariée avec lui. Puis