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Page:Tolstoï - Résurrection, trad. Wyzewa, 1900.djvu/503

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Et voilà que l’homme se retourne : « Qu’est-ce que tu fais ? » qu’il me dit. Alors je lève la hache ; mais l’homme, un gaillard solide, s’élance à terre et me saisit la main. « Misérable, qu’il me dit, qu’est-ce que tu fais là ? » Et il me jette dans la neige ; et moi, je ne résiste pas, je me laisse faire. Il me lie les mains avec son mouchoir, me met dans le traîneau, me conduit tout droit chez le staroste. On me fourre en prison. On me juge. Tout le village me donne un certificat, comme quoi je suis un honnête homme, et qu’on n’a jamais rien eu à me reprocher. Le patron chez qui je servais me donne, lui aussi, un bon témoignage. Mais je n’avais pas les moyens de m’offrir un avocat ; j’en ai eu pour quatre ans de travaux forcés. »

Et voici que ce même homme, pour sauver un de ses compagnons, venait, à deux reprises, de révéler à Nekhludov un secret qui lui pesait sur la conscience : s’exposant ainsi à perdre la vie, car il savait que les prisonniers, s’ils découvraient son indiscrétion, l’étrangleraient infailliblement !