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Page:Tolstoï - Résurrection, trad. Wyzewa, 1900.djvu/416

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derrière les soldats, s’avançaient les condamnés aux travaux forcés, puis venaient les déportés, puis les femmes. Et derrière le cortège des piétons, rangés quatre à quatre, se traînaient lentement les chariots, sur l’un desquels Nekhludov vit assise une femme tout emmitouflée, qui, sans arrêt, hurlait et sanglotait.


II


Le cortège était si long que, quand les chariots se mirent en mouvement, les premiers rangs avaient déjà tourné le coin de la rue. Après avoir attendu quelques instants encore, Nekhludov remonta dans sa voiture et ordonna au cocher d’avancer lentement, de façon à pouvoir retrouver la Maslova et lui demander si elle avait reçu les effets qu’il lui avait envoyés. La chaleur s’était encore accrue. Les déportés marchaient d’un pas très rapide, soulevant un nuage de poussière qui planait autour d’eux. En arrivant en face des rangs des femmes, Nekhludov reconnut tout de suite la Maslova. Elle se trouvait dans la seconde rangée, en compagnie de la Beauté, de Fédosia et d’une femme enceinte qui semblait avancer avec beaucoup de peine. La Maslova, elle, s’avançait d’un pas alerte, portant son sac sur son dos, et regardant droit devant elle, d’un air à la fois calme et résolu. Nekhludov descendit du fiacre et s’approcha d’elle, pour lui parler ; mais un sous-officier, qui marchait de ce côté du convoi, accourut vers lui :

— Défense de s’approcher des prisonniers ! — cria-t-il.

Puis, en reconnaissant Nekhludov, que tout le monde connaissait dans la prison, le sous-officier porta la main à son képi, et, d’un ton plus respectueux :

— Vraiment, Excellence, cela nous est défendu de la façon la plus formelle. À la gare, vous pourrez leur parler, mais ici c’est impossible !

Nekhludov s’écarta, et, après avoir ordonné au cocher