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Page:Tolstoï - Résurrection, trad. Wyzewa, 1900.djvu/414

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Nekhludov se joignit à ce groupe et resta devant la porte pendant près d’une heure. Enfin il entendit, à l’intérieur de la prison, des bruits de chaînes, des ordres donnés à voix haute, des toussaillements, et le murmure confus d’une foule piétinant sur place. Cela dura cinq minutes, pendant lesquelles sans cesse des gardiens se montraient sur la porte et rentraient de nouveau.

Puis, soudain, les deux battants de la porte s’ouvrirent, le bruit des chaînes devint plus fort, et un détachement de soldats, vêtus de sarraux blancs, vint former un large demi-cercle des deux côtés de la place. Puis, sur un nouvel ordre, deux par deux, commencèrent à sortir les déportés. D’abord, ce furent les condamnés aux travaux forcés, tous uniformément vêtus de blouses grises, coiffés de bonnets plats sur leurs têtes rasées, chacun avec un sac sur le dos : ils traînaient leurs jambes chargées de fers et, de leur seule main libre, tenaient l’extrémité du sac qui pendait sur leur dos. Ils sortirent en agitant le bras, d’un pas ferme et décidé, comme s’ils s’entraînaient pour une longue marche ; mais, après avoir fait une dizaine de pas, ils s’arrêtèrent et doublèrent leurs rangs. À leur suite venaient d’autres hommes vêtus de blouses pareilles et également rasés, mais n’ayant pas de fers aux pieds, et retenus par une chaîne qui reliait leurs menottes. C’étaient les condamnés à la déportation. Puis, dans le même ordre, venaient les femmes : d’abord les condamnées aux travaux forcés, en blouses grises avec des fichus sur la tête ; en second lieu, les déportées ; et enfin les femmes qui partaient de leur plein gré, pour suivre leurs maris, — celles-là vêtues de leurs robes de paysannes. Plusieurs des femmes portaient des enfants sur leurs bras.

D’autres enfants marchaient à pied, disséminés entre les rangs, comme de jeunes poulains dans un troupeau de chevaux. Les hommes s’avançaient en silence, échangeant à peine une parole de loin en loin. Des rangs des femmes, au contraire, s’élevait un bruit de voix ininterrompu.

Nekhludov crut bien reconnaître la Maslova, au