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Page:Tolstoï - Résurrection, trad. Wyzewa, 1900.djvu/402

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Les lèvres de Nathalie frémirent de plaisir.

— Et toi, tu as maigri !

— Ignace Nicéphorovitch n’est pas là ? — demanda Nekhludov.

— il se repose un peu. Il n’a pas dormi cette nuit… Tu sais que je suis allée chez toi ?

— Oui, j’ai trouvé ta lettre. J’ai été forcé de quitter notre maison. C’était trop grand, j’y étais trop seul, je m’ennuyais. Tous les meubles, tout ce qui est dans la maison, m’est désormais inutile : prends tout cela pour toi, tu en feras ce que tu voudras !

— Oui, Agrippine Petrovna m’en a déjà parlé. Je te remercie infiniment. Mais…

En cet instant, le valet de chambre de l’hôtel apporta le service à thé, sur un plateau d’argent. Nekhludov et sa sœur se turent jusqu’à ce qu’il fût reparti.

— Eh bien ! Dimitri, je sais tout ! — reprit Nathalie en levant brusquement les yeux sur son frère.

Nekhludov ne répondit pas.

— Mais est-ce que vraiment tu peux avoir l’espoir de ramener cette créature au bien, après la vie qu’elle a menée ? — lui demanda sa sœur.

Il ne disait toujours rien, songeant à la façon dont il pourrait lui expliquer sa conduite sans la mécontenter. Il se sentait l’âme plus remplie que jamais d’une joie tranquille, et d’un désir de vivre en paix avec tous les hommes.

— Je n’ai pas à la ramener au bien, mais à y revenir moi-même ! — dit-il enfin.

Nathalie Ivanovna poussa un soupir.

— Mais tu as pour cela d’autres moyens que de te marier !

— Sans doute, mais je crois que celui-là est le meilleur, sans compter qu’il m’ouvre l’accès d’un monde où je puis me rendre utile.

— Je suis sûre que ce mariage fera ton malheur ! — dit Nathalie.

— Je n’ai pas non plus à m’occuper de mon bonheur,

— Oui, je comprends ! Mais elle, si elle a du cœur,