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Page:Tolstoï - Résurrection, trad. Wyzewa, 1900.djvu/389

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cratique aurait été heureuse de se marier, je me suis offert à épouser cette créature, et elle, ne pouvant attendre, s’est amusée à faire des siennes avec un infirmier ! » Il se disait cela ; et il la regardait avec des yeux méchants.

— Tenez, il faut que vous signiez ceci ! — fit-il, en posant sur la table une grande feuille de papier qu’il venait de tirer de son portefeuille. La Maslova essuya ses larmes avec le bout de son fichu, et, s’asseyant près de la table, lui demanda où elle devait signer.

Il lui indiqua l’endroit ; pendant qu’elle écrivait, il se tint debout devant elle, considérant son dos penché sur la table, et que secouaient par instants des sanglots contenus.

Et dans son âme recommença la lutte des bons et des mauvais sentiments, de son orgueil offensé et de sa pitié pour elle, qu’il voyait souffrir. Et ce dernier sentiment finit par l’emporter.

Songea-t-il d’abord à la plaindre, ou bien se rappela-t-il d’abord ses propres fautes, et notamment des fautes du genre de celle qu’il reprochait à la malheureuse ? Le fait est que, à la fois, il se sentit coupable, et il la plaignit.

Elle cependant, ayant achevé d’écrire, et après avoir frotté sur sa jupe ses doigts tachés d’encre, elle se leva et le regarda.

— Quoi qu’il vous arrive et quoi que vous fassiez, rien ne changera ma résolution ! — lui dit Nekhludov.

La pensée qu’il lui pardonnait renforçait encore en lui sa pitié pour elle ; et il éprouvait un impérieux besoin de la consoler.

— Ce que j’ai dit, je le ferai ! Où qu’on vous envoie, j’irai avec vous !

— Inutile ! — l’interrompit-elle ; et elle rougit de nouveau.

— Et pensez bien à ce dont vous aurez besoin pour la route !

— Je n’ai besoin de rien. Merci !

Le directeur s’approcha d’eux. Nekhludov, sans