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Page:Tolstoï - Résurrection, trad. Wyzewa, 1900.djvu/370

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c’est affreux ! Comme je plains cette malheureuse !

Et, du fond de son cœur, elle poussa un soupir.

Nekhludov, ému de son chagrin, se hâta de changer de conversation. Il parla à Mariette de la Choustova qui, par son entremise, venait enfin de sortir de la forteresse. Après l’avoir remerciée de cette entremise, il s’apprêtait à dire combien c’était chose horrible de penser que cette pauvre fille et toute sa famille eussent souffert si longtemps, et cela simplement parce que personne n’avait élevé la voix pour eux : mais Mariette ne le laissa point poursuivre, et elle-même, dans des termes semblables à ceux dont il allait se servir, elle exprima toute son indignation.

La comtesse Catherine Ivanovna vit tout de suite que Mariette coquetait avec son neveu, ce qui, du reste, l’amusa fort.

— Sais-tu quoi ? — demanda-t-elle à Nekhludov. — Viens avec nous demain soir, chez Aline ! Kieswetter y sera. Et toi, ne manque pas de venir aussi ! — ajouta-t-elle en se tournant vers Mariette.

— Figure-toi que Kieswetter t’a remarqué ! — poursuivit-elle en s’adressant de nouveau à Nekhludov. — Il m’a dit que toutes les idées que tu m’avais exposées, et dont je lui faisais part, étaient à ses yeux un excellent signe, et que certainement tu ne tarderais pas à venir au Christ. Je compte sur toi pour demain soir ! Mariette, dis-lui, toi aussi, que tu viendras et que tu comptes sur lui !

— C’est que d’abord, chère comtesse, je n’ai aucun droit de donner des conseils à Dimitri Ivanovitch, — répondit Mariette, en lançant à Nekhludov un regard qui signifiait qu’elle était pleinement d’accord avec lui sur la manie évangélique de la bonne vieille dame. — Et puis aussi c’est que, vous savez, je n’aime pas beaucoup…

— Oui, je sais que tu es toujours différente des autres, et que tu as une façon à toi de penser sur tout.

— Comment, une façon à moi ? Mais j’ai la foi la plus simple et la plus banale, la foi de la paysanne la plus ignorante ! — fit-elle, en souriant. — Mais surtout, c’est