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Page:Tolstoï - Résurrection, trad. Wyzewa, 1900.djvu/359

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vols. Mais de tout cela, dans la discussion, pas un mot ne fut dit. On débattit uniquement la question de savoir si, d’après un certain paragraphe du code, le directeur du journal avait eu le droit d’imprimer l’article, et si, n’en ayant pas le droit, il avait commis, en l’imprimant, une diffamation, ou une calomnie, ou encore une calomnie doublée de diffamation.

Deux choses seulement frappèrent Nekhludov : il observa d’abord que Wolff, qui, quelques jours auparavant, lui avait déclaré que le Sénat ne s’occupait jamais que des vices de procédure, mettait au contraire une grande chaleur à invoquer des arguments de fonds pour faire casser la condamnation du directeur du journal ; et il observa aussi que Sélénine, d’ordinaire si froid, mettait une égale chaleur à soutenir la thèse contraire. Il crut même remarquer, dans cette chaleur du substitut, comme une certaine hostilité à l’égard de Wolff qui, lui-même, finit sans doute par éprouver une impression analogue, car, sur une réplique de Sélénine, il rougit, tressaillit, fit un geste de dépit et n’ajouta plus rien.

La discussion se trouvant ainsi terminée, les sénateurs se retirèrent pour délibérer. L’huissier vint prévenir Faïnitzine que l’affaire de la Maslova allait être jugée dans quelques instants.


IV


Dès que les quatre sénateurs se furent assis dans leur salle de délibérations, Wolff, avec beaucoup de chaleur, se mit à exposer les motifs qui devaient faire casser le jugement porté contre le directeur du journal.

Le président, homme fort peu bienveillant en général, était encore, ce jour-là, particulièrement mal disposé. Déjà pendant que l’affaire était discutée en séance publique, il avait arrêté son opinion, et maintenant, sans écouter Wolff, il restait plongé dans ses pensées. Ses pensées tournaient autour du fait que, la veille, il avait raconté dans ses mémoires la façon dont c’était