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Page:Tolstoï - Résurrection, trad. Wyzewa, 1900.djvu/322

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— Il n’y a pas de femmes ici ; c’est la section des enfants ! — déclara-t-il.

— Je sais : mais on m’a dit qu’il y avait ici une détenue nouvellement transférée en qualité d’infirmière.

— Nous avons, en effet, deux infirmières. Que leur voulez-vous ?

— Je suis en rapports avec l’une d’elles, la femme Maslov, — dit Nekhludov, — et c’est elle que je voudrais voir. Je pars dès demain pour Pétersbourg, où je vais m’occuper de faire casser son jugement. Et puis je serais heureux de pouvoir lui remettre ceci : ce n’est qu’une photographie ! — ajouta-t-il, en tirant de sa poche une enveloppe blanche.

— Soit ! je vais l’appeler ! — fit l’interne, déjà radouci.

Puis, se tournant vers une vieille infirmière en tablier blanc, il lui dit de faire venir la femme Maslov.

— Ne voulez-vous pas vous asseoir ? ou bien passer dans le parloir de l’infirmerie ?

— Merci ! — répondit Nekhludov.

Et, profitant du changement qu’il constatait dans l’accueil de l’interne, il lui demanda s’il était satisfait du travail de la Maslova.

— Mais oui ! elle ne travaille pas trop mal, surtout si l’on songe à l’endroit d’où elle sort ! — répondit l’interne. — Mais, d’ailleurs, la voici !

La Maslova venait, en effet, d’entrer dans le corridor, amenée par la vieille infirmière. Elle portait, elle aussi, un tablier blanc sur sa robe de toile rayée, elle avait sur la tête un fichu qui cachait ses cheveux. En apercevant Nekhludov, elle rougit, s’arrêta un instant, comme si elle hésitait, puis fronça les sourcils, baissa les yeux et, d’un pas rapide, s’avança vers lui. Elle ne voulut point, d’abord, lui tendre la main ; elle finit par la lui tendre, et elle rougit plus vivement encore.

Nekhludov ne l’avait plus revue depuis le jour où elle s’était excusée de son emportement contre lui : il espérait la retrouver dans les mêmes sentiments. Mais elle était, cette fois, dans des sentiments tout autres, réser-