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Page:Tolstoï - Résurrection, trad. Wyzewa, 1900.djvu/318

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— Oui, oui !

— Allons ! puisque c’est ainsi, au plaisir de te revoir ! J’ai été bien aise de te rencontrer ! — dit Chembok.

Après quoi, ayant vigoureusement serré la main de Nekhludov, il sauta dans sa voiture d’où il agita avec affectation sa large main gantée de blanc, tandis qu’un sourire amical découvrait de nouveau ses longues dents trop blanches.

« Ai-je donc été ainsi ? » — se demandait Nekhludov, en poursuivant son chemin vers la maison de l’avocat. — « Hélas ! c’est pis encore : car jamais je ne suis parvenu à être ainsi, et j’ai rêvé d’y parvenir, et je me suis imaginé que je passerais ma vie entière de cette même façon. »


II


L’avocat était chez lui ; et, bien que ce ne fut point jour de consultation, il s’empressa de recevoir Nekhludov.

Il lui parla d’abord de l’affaire des Menchov. Il avait étudié le dossier : effectivement l’accusation n’était guère fondée.

— L’affaire n’en est pas moins assez compliquée ! — ajouta-t-il. — Suivant toute probabilité, c’est le cabaretier lui-même qui aura mis le feu à sa grange, afin de toucher sa prime d’assurance. Le fait est qu’il n’y a pas l’ombre de preuves matérielles. La condamnation résulte simplement de l’excès de zèle du juge d’instruction, et de la négligence du substitut du procureur. Mais voilà, le mal est fait, la chose sera difficile à changer ! N’importe ! Si l’on peut seulement obtenir que l’affaire soit jugée à nouveau, et ici, je suis tout à fait sûr de la gagner : et je plaiderai sans demander d’honoraires. Je me suis occupé aussi de cette Fédosia Vergoumov, dont vous m’avez parlé. Tenez, voici son recours en grâce ; si vous allez à Pétersbourg pour la Maslova, vous pourrez emporter ce recours et vous occuper vous-même de le recommander. Faute de quoi, si nous nous en remettons à