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Page:Tolstoï - Résurrection, trad. Wyzewa, 1900.djvu/265

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Il se taisait, lui aussi. Il ne se sentait pas la force de parler. Enfin, s’enhardissant :

— Katucha, — lui dit-il, — je vais maintenant aller à la campagne pour régler certaines affaires ; et ensuite j’irai à Saint-Pétersbourg, où je m’occuperai de votre pourvoi ; et, si Dieu le veut, je ferai casser votre condamnation.

— Qu’on la casse ou non, tout m’est égal ! Qu’une chose m’arrive ou une autre, le résultat sera toujours le même !… Elle s’arrêta, et Nekhludov crut voir qu’elle avait peine à retenir ses larmes.

— Eh bien ! — dit-elle après un assez long silence, parlant très vite comme pour cacher son émoi, — eh bien ! avez-vous vu Menchov ? N’est-ce pas que ces gens-là sont innocents ? N’est-ce pas ? C’est évident ! J’en mettrais ma main au feu !

— Oui, je crois bien qu’ils sont innocents !

— Si vous saviez quelle admirable vieille femme !

Il lui raconta en détail tout ce qu’il avait appris au sujet de Menchov. Puis, revenant à elle, il lui demanda si elle n’avait besoin de rien. — Non de rien, absolument ! Il y eut, de nouveau, un silence…

— Ah ! et pour ce qui est de l’infirmerie, — reprit-elle en lui lançant un regard de ses yeux qui louchaient, — eh bien ! si vous le désirez, j’irai ! Et pour l’eau-de-vie aussi, eh bien ! j’essaierai de ne plus en boire !…

Nekhludov, sans rien dire, la regarda dans les yeux. Il vit que ses yeux souriaient.

— Cela est bien, très bien !

Il ne trouva la force de rien dire de plus.

« Oui, oui, elle pourra changer ! » songeait-il. Après les doutes des journées précédentes, il éprouvait à présent un sentiment tout nouveau pour lui, un sentiment de foi dans la toute-puissance de l’amour.


En rentrant dans la chambrée puante, au retour de cette visite, la Maslova ôta sa veste et s’assit sur son lit, les mains appuyées sur les genoux.