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Page:Tolstoï - Résurrection, trad. Wyzewa, 1900.djvu/258

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Nekhludov, d’un ton qu’il essayait de rendre indifférent.

Missy fronça les sourcils, haussa légèrement les épaules, et se retourna vers l’élégant officier avec qui elle causait au moment où Nekhludov était entré, et qui, cognant son sabre aux chaises, s’était précipité vers elle pour lui reprendre des mains sa tasse vide.

— Vous aussi, vous devez vous sacrifier pour notre refuge !

— Mais je ne m’y refuse pas ! Je veux seulement garder tous mes moyens pour les tableaux vivants ! Vous verrez comme j’y suis remarquable !

Le jour d’Anna Ignatievna était des plus brillants, et la dame était dans le ravissement.

— Mika m’a dit que vous vous intéressiez à nos prisons, — dit-elle à Nekhludov. — Comme je comprends cela ! Mika (c’était son gros mari, Maslinnikov) peut avoir ses défauts, mais vous savez combien il est bon ! Tous ces malheureux prisonniers, ce sont ses enfants. Toujours il me le dit lui-même. Il est d’une bonté…

Elle s’arrêta, faute de trouver un mot assez expressif pour définir la « bonté » de son mari ; et soudain, avec un sourire, elle se tourna vers une vieille dame au visage renfrogné, une dame toute en rubans lilas, qui venait d’entrer.

Après être resté assis quelques instants et avoir échangé quelques paroles insignifiantes, telles qu’il les fallait pour ne pas troubler le charme de cette causerie, Nekhludov se leva et rejoignit Maslinnikov.

— Eh bien ! peux-tu m’accorder un instant ?

— Mais parfaitement. Qu’y a-t-il ?

— Ne pourrions-nous pas nous asseoir dans quelque autre pièce ?

Maslinnikov le fit passer dans un petit cabinet japonais attenant au salon. Tous deux s’assirent près de la fenêtre.