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Page:Tolstoï - Résurrection, trad. Wyzewa, 1900.djvu/250

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de revolver qui avait mortellement blessé un gendarme. On avait aussitôt fait une enquête pour découvrir le meurtrier, et la jeune fille avait pris la faute sur elle ; bien qu’elle n’eût jamais tenu un revolver en main, on avait dû admettre son aveu pour valable. Et maintenant, condamnée aux travaux forcés, elle était sur le point de partir pour la Sibérie.

— Une personnalité très intéressante, éminemment altruiste ! — dit Vera Efremovna en achevant son récit.

Elle avait manifestement plaisir à s’écouter parler, peut-être aussi à faire étalage de sa science et de son éloquence. Nekhludov se contentait de lui poser, de temps à autre, une question ; elle repartait et ne s’arrêtait plus. Il trouva cependant le moyen de lui dire que, pour l’affaire de la Choustova, il craignait bien de n’y rien pouvoir, n’ayant point l’influence que l’imagination de la jeune révolutionnaire s’était empressée de lui attribuer.

Restait à savoir ce que Vera Efremovna avait à lui apprendre touchant la Maslova. Il se hasarda enfin à le lui demander. La jeune femme, comme toute la prison, connaissait l’histoire de la Maslova, et était déjà au courant de l’intérêt que lui portait Nekhludov. Elle voulait donc conseiller à celui-ci d’obtenir que sa protégée fût transférée au service de l’infirmerie, où l’on avait besoin d’aides supplémentaires. Au point de vue moral comme à tous les points de vue, elle y serait beaucoup mieux que dans sa section.


VI


L’entretien fut interrompu par le directeur qui, se levant, déclara que l’heure accordée pour les visites était écoulée, et que les visiteurs devaient s’en aller. Nekhludov prit congé de Vera Efremovna et se prépara à sortir : mais sur le seuil de la pièce il s’arrêta, curieux d’assister aux adieux des autres visiteurs.

L’avertissement du directeur n’avait eu pour effet