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Page:Tolstoï - Résurrection, trad. Wyzewa, 1900.djvu/245

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— Mille excuses ! — lui dit-il. Je vais immédiatement faire appeler la détenue. — Prenez la peine de vous asseoir en attendant !


IV


Le bureau était formé de deux pièces. Dans la première, éclairée de deux fenêtres sales, et ornée d’un poêle tout couvert de crasse, on voyait, sur l’un des murs, une règle noire servant à mesurer la taille des prisonniers, et sur l’autre mur un grand Christ en croix, — comme si, par dérision pour la doctrine du Sauveur, on se fût amusé à mettre son image dans tous les lieux de torture ! Cette première salle était presque vide : seuls, quelques gardiens s’y trouvaient.

La seconde pièce, plus grande, contenait une vingtaine de personnes des deux sexes, assises par groupes séparés, sur des bancs le long du mur, et qui s’entretenaient à voix basse. Près de l’une des deux fenêtres, dans un coin, était placée une table.

C’est devant cette table qu’était assis le directeur lorsque Nekhludov entra dans le bureau. Il le fit asseoir près de la table et se rendit un instant dans l’autre pièce, pour donner l’ordre d’appeler la Bogodouchovska. Nekhludov, de son coin, eut tout le loisir d’observer ce qui se passait autour de lui.

Son attention fut tout d’abord attirée par la vue d’un jeune homme en jaquette qui se tenait debout devant deux personnes assises, une jeune fille et un détenu, et leur racontait quelque chose, avec une mimique des plus animées.

Plus loin, Nekhludov vit un vieillard en lunettes bleues qui, tenant par la main une jeune détenue, écoutait avidement ce qu’elle lui disait. Un petit garçon au visage réfléchi et craintif, debout près du vieillard, ne le quittait pas des yeux.

Dans un coin, derrière eux, un couple d’amoureux