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Page:Tolstoï - Résurrection, trad. Wyzewa, 1900.djvu/239

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II


Nekhludov s’approcha de l’une des portes.

— Puis-je regarder ? — demanda-t-il à son compagnon.

— À votre aise ! — répondit celui-ci avec son sourire aimable ; et il se mit à causer avec le gardien. Nekhludov tira le couvercle du judas et colla son œil contre la petite lucarne. Dans la cellule était enfermé un jeune homme de haute taille. Il marchait à travers la pièce, d’un pas rapide, vêtu seulement d’une chemise. En entendant du bruit, il leva la tête, jeta un coup d’œil sur la porte, fronça les sourcils ; puis il reprit sa marche.

Nekhludov s’arrêta devant une autre cellule. Son regard rencontra le regard étrange et inquiétant d’un grand œil noir collé au judas, de l’autre côté. Il se hâta de refermer le couvercle. Dans une troisième cellule, il vit un petit homme qui dormait sur un lit, les jambes repliées, la tête recouverte. Dans la cellule suivante, un prisonnier était assis, la tête baissée, les coudes appuyés sur les genoux. En entendant le judas s’ouvrir, cet homme releva la tête et la tourna machinalement vers la porte ; mais tout son pâle visage, et en particulier ses yeux caves, montrait clairement que peu lui importait de savoir qui venait regarder dans sa cellule. Qui que ce fût qui regardât le malheureux, évidemment celui-ci n’attendait plus aucun bien de personne.

La vue de ce visage désespéré fit peur à Nekhludov. Il n’eut plus le courage de regarder dans les autres cellules, et alla tout droit à celle de Menchov.

Le gardien ouvrit la porte, fermée à double tour. Nekhludov aperçut un jeune homme musculeux, avec un long cou, une petite barbiche, et de bons yeux ronds, qui, debout, près de sa couchette, s’empressait de revêtir sa veste d’un air effrayé. Ses bons yeux ronds, avec un mélange d’étonnement et d’inquiétude, couraient, sans