Ouvrir le menu principal

Page:Tolstoï - Résurrection, trad. Wyzewa, 1900.djvu/227

Cette page a été validée par deux contributeurs.

de son entretien avec Katucha. — Ah ! oui, je me rappelle ! La fille du diacre, pendant la chasse à l’ours ! »

Véra Bogodouchovska était institutrice dans un village du gouvernement de Novgorod lorsque Nekhludov était venu dans ce village, avec des amis, pour une chasse à l’ours. L’institutrice avait demandé au jeune homme de lui donner de l’argent pour qu’elle pût quitter son école et aller étudier à l’Université. Nekhludov lui avait donné la somme qu’elle voulait, et jamais, depuis lors, il n’en avait plus entendu parler. Voici maintenant que cette personne lui réapparaissait sous la forme d’une détenue politique, et qu’elle lui promettait de lui révéler des choses intéressantes sur la Maslova !

Comme tout était simple et léger, alors, et comme maintenant tout était lourd et compliqué ! Nekhludov eut un vrai soulagement à se rappeler le jour où il avait rencontré la Bogodouchovska.

C’était la veille du carnaval, dans un village perdu, à soixante verstes du chemin de fer. La chasse avait été très heureuse. On avait tué deux ours, on avait parfaitement dîné, et l’on s’apprêtait à repartir, lorsque le patron de la petite auberge était venu dire que la fille du diacre demandait à voir le prince Nekhludov.

— Jolie ? — avait demandé l’un des chasseurs.

— C’est ce que nous allons voir, — avait répondu Nekhludov. Puis, reprenant sa mine la plus sérieuse, il s’était levé de table, s’était essuyé la bouche, et était sorti, n’imaginant pas ce que pouvait lui vouloir une fille de diacre.

Dans la chambre voisine se tenait, vêtue d’une grossière pelisse de paysanne, mais la tête coiffée d’un chapeau de feutre, une jeune fille maigre et osseuse, avec un long visage sans grâce, où seuls les yeux avaient quelque beauté.

— Voici le prince, Véra Efremovna ! — avait dit l’aubergiste.

Et il les avait laissés seuls dans la chambre.

— En quoi puis-je vous servir ? — avait demandé Nekhludov.