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Page:Tolstoï - Résurrection, trad. Wyzewa, 1900.djvu/225

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coup d’œil sur lui, comme étonnée, et se mit à essuyer avec son fichu les larmes qui coulaient sur ses joues.

Le gardien, s’approchant de nouveau, déclara que le moment était venu de la reconduire.

— Vous êtes aujourd’hui tout agitée. Demain, si c’est possible, je reviendrai. Et vous, en attendant, vous réfléchirez ! — dit Nekhludov.

Elle ne répondit rien ; et, sans le regarder, elle sortit avec le gardien.


— Oh ! bien, ma petite, tu vas être tirée d’affaire maintenant ! — dit la Korableva à la Maslova, lorsque celle-ci entra dans la salle. — Il saura bien te faire sortir d’ici ! Aux gens riches, tout est possible !

— Ça, c’est bien vrai ! — reprit de sa voix chantante la garde-barrière. — L’homme riche, il n’a qu’à désirer une chose, tout arrive comme il le veut. Il y en avait un chez nous…

— Lui avez-vous parlé de moi ? — demanda la petite vieille.

Mais la Maslova, sans répondre à personne, s’étendit sur son lit, et, les yeux fixés devant elle, resta étendue jusqu’au soir.

Ce que lui avait dit Nekhludov avait réveillé en elle la vision d’un monde où elle avait souffert et dont elle était sortie, et qu’elle s’était mise à haïr, et qu’elle croyait avoir oublié à jamais. Maintenant cet oubli où elle avait vécu s’était dissipé ; mais, d’autre part, le clair souvenir du passé lui était insupportable. Vers le soir, elle acheta de nouveau une demi-bouteille d’eau-de-vie et la vida avec ses compagnes.


III


« Voilà donc ce qui en est ! » se disait machinalement Nekhludov, en suivant les longs corridors de la prison.