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Page:Tolstoï - Résurrection, trad. Wyzewa, 1900.djvu/210

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l’évaluation du degré de la criminalité. » Et de deux ! — dit l’avocat en levant de nouveau les yeux sur Nekhludov.

— C’est que cet avocat parlait très mal, — observa celui-ci ; — on ne pouvait rien comprendre à ce qu’il disait.

— Je m’en doute bien ! c’est un petit serin qui ne pouvait dire que des sottises. Mais enfin, on peut toujours trouver là un motif de cassation. Et maintenant, écoutez la suite : « En troisième lieu, le président, dans son résumé, contrairement aux articles… du Code de procédure criminelle, n’a pas expliqué aux jurés qu’ils pouvaient déclarer que la femme Maslov, en versant le poison au marchand Smielkov, n’avait pas eu l’intention de lui donner la mort. D’où a pu résulter le verdict des jurés, tandis que, si le président les avait avertis de la possibilité d’une telle restriction, l’acte commis par la femme Maslov aurait eu des chances d’être traité non comme un meurtre, mais comme un homicide par imprudence. » Ceci est très important !

— Mais, cela, nous aurions bien pu le comprendre nous-mêmes, sans avoir besoin qu’on nous l’expliquât ! C’est nous seuls qui sommes responsables de l’erreur commise !

— « Enfin, en quatrième lieu, la réponse des jurés est rédigée sous une forme qui implique une contradiction. Les jurés ont reconnu la femme Maslov non coupable d’avoir voulu s’approprier les biens du marchand, tandis que, d’autre part, ils la déclaraient coupable de l’avoir empoisonné : d’où résulte que, dans leur pensée la prévenue a en effet donné la mort au marchand Smielkov, mais sans intention de la lui donner, le désir du vol pouvant seul expliquer, chez elle, une telle intention. En conséquence de quoi cette réponse du jury tombait sous le coup de l’article 817, etc., et le président aurait eu le devoir de signaler aux jurés l’erreur commise et de les renvoyer dans leur salle de délibération pour obtenir d’eux une nouvelle réponse. »

— Mais pourquoi le président n’a-t-il pas fait cela ?