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Page:Tolstoï - Résurrection, trad. Wyzewa, 1900.djvu/197

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— Je suis venu te demander pardon ! — dit alors Nekhludov.

Il dit cela aussi haut qu’il put, d’une voix monotone, comme une leçon apprise.

Et quand il eut dit cela, une honte le prit, et il regarda autour de lui. Mais il songea que cette honte était bonne, et que c’était son devoir de s’exposer à la honte. Et, aussi haut qu’il put, il cria :

— Pardonne-moi ! Je suis lourdement coupable envers…

Elle se tenait immobile, derrière la grille, et ne le quittait pas des yeux.

Il n’eut pas la force d’achever sa phrase, et s’éloigna de la grille, faisant effort pour retenir les sanglots qui lui secouaient la poitrine.

Le gardien qui l’avait amené était resté dans la salle ; et, sans doute, il avait suivi des yeux les détails de la scène. En voyant Nekhludov s’écarter du grillage, il s’avança vers lui, lui demanda pourquoi il ne continuait pas à s’entretenir avec la femme avec qui il avait affaire. Nekhludov se moucha, fit de son mieux pour reprendre contenance, et répondit :

— Il n’y a pas moyen de parler à travers ce grillage ! on ne s’entend pas !

Le gardien réfléchit un instant.

— Écoutez, — reprit-il, — je crois que, pour vous, on pourrait peut-être faire venir la prisonnière ici ! Mais une minute seulement !

— Maria Karlovna ! — cria-t-il à la surveillante, — faites venir ici la Maslova ! C’est pour une affaire très grave !

Eh bientôt, par une porte de côté, entra la Maslova. S’approchant doucement de Nekhludov, elle le regardait en dessous sans lever la tête. Son visage malsain, enflé, exsangue, pourtant toujours agréable à voir, semblait parfaitement calme ; mais les yeux noirs, sous les paupières gonflées, brillaient d’un éclat inaccoutumé.

— Vous pouvez vous entretenir ici, une minute ou deux ! — dit le gardien ; après quoi, d’une mine discrète, il s’écarta.

Nekhludov s’était assis sur un banc fixé dans le mur.