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Page:Tolstoï - Résurrection, trad. Wyzewa, 1900.djvu/177

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Nekhludov demanda à la servante borgne si le directeur était chez lui :

— Non, il n’y est pas.

— Et quand reviendra-t-il ?

— Je vais aller demander !

Et la servante rentra dans l’appartement, laissant Nekhludov debout dans l’antichambre.

Un instant après, la Rapsodie s’arrêta, sans être parvenue, cette fois, jusqu’à l’endroit magique. Et Nekhludov entendit une voix de femme, dans la pièce voisine, qui disait :

— Répondez que papa est sorti, qu’il dîne en ville. Impossible de le voir aujourd’hui ! Qu’on revienne une autre fois !

Et de nouveau la Rapsodie recommença ; mais elle s’interrompit après quelques mesures, et Nekhludov entendit le bruit d’une chaise qu’on remuait. Évidemment la pianiste s’était décidée à venir en personne congédier l’importun qui prenait la liberté de la déranger.

— Papa est sorti ! — déclara-t-elle en effet, d’un ton fâché, en entr’ouvrant la porte qui donnait sur l’antichambre. C’était une jeune fille pâle, avec des cheveux jaunes en désordre et de larges cercles bleus sous les yeux.

En apercevant un jeune homme, et de mise élégante, elle changea de ton.

— Prenez la peine d’entrer !… Vous auriez quelque chose à demander à mon père ?…

— Je voudrais voir une femme qui est détenue ici.

— Dans la section des détenus politiques, sans doute ?

— Non, pas dans cette section-là. J’ai l’autorisation écrite du procureur.

— Je suis désolée ! Mon père est sorti, je ne puis rien sans lui.

— Mais entrez, je vous en prie, asseyez-vous un moment ! — reprit-elle.

Et comme Nekhludov faisait mine de sortir :

— Vous pouvez vous adresser au sous-directeur. Il